Histoire de nos villages:Couilly-Pont-aux-Dames

Écrit par le 3 mars 2021

Sur la rive droite du Grand Morin à quelques kilomètres de son confluent avec la Marne, se niche un village avec un drôle de nom : Couilly-Pont-aux-Dames.

Il existait effectivement à l’époque gallo-romaine, un pont construit au croisement de deux grandes routes qui justifie sans doute l’établissement, au pied du coteau de Quincy, d’un camp militaire. On l’appelle “collis castrum” en latin, le camp sur la colline. De “collis castrum”, on fit “colliacum”, puis enfin Couilly.

En 1100, Couilly et Saint-Germain-lès-Couilly (aujourd’hui Saint-Germain-sur Morin) formaient deux paroisses distinctes tout en étant à l’origine qu’un seul et même bourg séparé par un pont sur le Morin. Le territoire de Couilly était fort étendu. Connu sous le nom de Vallée de Couilly, il comprenait les terres de Saint-Germain, de Montry et d’Esbly. Ces trois dernières communes furent distraites de Couilly, puis érigées en cures au XIIè siècle.

Pour Couilly, l’origine semble claire… Mais d’où nous viennent ces dames du pont?

Près du pont qui sépare Couilly de Saint-Germain existait un Hôtel-Dieu dont les logis furent affectés en 1226 à la fondation d’une abbaye bénédictine de femmes dédiée à Notre-Dame, expliquant l’origine du déterminant complémentaire Pont-Nostre-Dame puis Pont-aux-Dames.

En 1239, au mois de février, l’abbaye fut transférée de l’endroit qu’elle occupait dans les vieux bâtiments aux bord du Morin vers le hameau de Rus afin de ne plus souffrir de l’humidité, des crues du Morin et de bâtiments exigus et vétustes sur les conseils de l’évêque et de leurs fondateurs. Le lieu est rebaptisé Pont-aux-Dames.

En 1239, les fondateurs constituèrent une rente annuelle et perpétuelle de 13 muids de grain au profit de l’abbaye de Cercamps. Ils stipulèrent comme condition expresse que les moines de leur côté enverraient à l’abbaye du Pont-aux-Dames 10 000 harengs et trois pots de beurre à l’abbaye du Pont. Cette rente, rachetée au fil du temps dura jusqu’en 1789.

L’abbaye servait aussi de façon habituelle d’établissement pénitentiaire où le gouvernement sur lettres de cachet envoyait pour quelque cause que ce soit, les femmes qu’il voulait punir. Madame Du Barry y fut enfermée en 1774, mais elle avait le droit de circuler à l’intérieur du couvent. Elle ne pouvait franchir la porte de l’enclos que le dernier mois précédent son départ. L’exil de la comtesse fut bref. Elle fut autorisée à quitter l’abbaye dès avril 1775.

L’abbaye devint bien nationalà la Révolution, où vendue en novembre 1792, elle subit d’énormes dégâts. L’armée prit possession des lieux et la saccagea. A sa place s’élèvera la Maison des Artistes dont nous parlerons plus après.

Le 8 avril 1762, la terre de Couilly cesse d’appartenir à la couronne. Luis XV la cède, avec d’autres possessions, en échange de la principauté de Dombes au comte d’Eu, petit fils de louis XIV. Ce dernier, grand amateur de chasse, se rendra très souvent sur ses terres de Couilly ainsi que sur celles d’Anet.

Comte d’Eu

Comme indiqué plus haut, Couilly est très lié à sa rivière. Le Grand-Morin est connue pour ses caprices. Sa longueur sur le territoire de Couilly est de 3.900 mètres. Il était fréquent de retrouver la rue principale sous l’eau, les crues de 1910 voire de 1958 sont ainsi restées dans les mémoires.

Plus récemment, il arrive de temps en temps que des maisons aient les pieds dans l’eau. En 1877, entre les communes de Couilly et de Saint-Germain, on dénombrait 9 moulins à eau. En suivant le cours de la rivière, on peut apercevoir les moulins de Gilles ou de Martigny, de la Sault (moulin à tan),

d’Arnoult ou du Petit-Pont ou de Herrouin(moulin à grain), de Talmé (moulin à huile) et enfin de Quintejoie (moulin à grain).

Sur le ru du Mesnil, deux moulins de minoterie étaient en activité : celui de Champigny, et celui de la Rouette. Aujourd’hui ne restent que les décombres de leurs édifices.

Mais nous voilà déjà en 1902. Constant Coquelin, acteur de la Comédie-Française et créateur du rôle de Cyrano de Bergerac est informé cette année-là de la mise en vente dans le village d’une grande propriété, ancienne abbaye, pour la somme de 115 000F. Il trouve le site bien adapté pour réaliser son projet de maison de retraite pour artiste.

 L’inauguration a lieu le 27 mai 1905, en présence du directeur de l’Assistance publique et de grands comédiens.

Les conditions pour entrer à Pont-aux-Dames étaient simples. Il suffisait d’abandonner à la Société de Secours des Artistes Dramatiques la pension de retraite que cette dernière vous versait en échange d’une place. Les conditions réglementaires étaient les suivantes : « Le sociétaire doit avoir 60 ans révolus, une bonne condition de santé ou tout du moins ne pas être atteint d’une maladie incurable ou d’une trop lourde infirmité, et doit pouvoir attester d’une vie et de mœurs sans reproches ». 

La commune a pris de nos jours le nom de Couilly-Pont-aux-Dames.Le changement de nom de la commune de Couilly en Couilly-Pont-aux-Dames n’intervient cependant qu’à la suite de délibérations du conseil municipal le 26 juin 1929, officialisées par un arrêté du 21 janvier 1930.

Le temps a bien sûr modifié le paysage. La montée vers Quincy reste cependant bien reconnaissable….


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