Histoire de nos villages : Varreddes

Écrit par le 27 janvier 2021

C’est en 1112 qu’apparaît pour la première forme écrite du village : Varedæ.

Le village semble avoir été habité depuis bien longtemps où des peuplades nomades vivaient dans des grottes ou « boves », ouvertes sur le flanc des collines. On a trouvé des traces de ces grottes dans le voisinage du village actuel, ainsi que des couteaux, des fragments de haches et outils en silex taillé.

les boves

Au moyen Âge, ce lieu, devenu paroisse sous le vocable de Saint Arnoul (sans « T », ni « D » à la fin), était une seigneurie des évêques de Meaux placée sous la juridiction immédiate du prélat.
Varreddes faisait donc partie des quatre cures appelées « les filles de l’évêché ». En 1771 on y compte 25 feux et en 1787 : 339 feux (1 feu équivalant à l’époque de 4 à 5 personnes).

De temps immémorial, chaque village avait plus ou moins une culture privilégiée : Chambry pour la carotte, Varreddes pour les raves. L’oseille était aussi cultivée sur le plateau et sur les terrains situés dans l’anse limitée par le canal de l’Ourcq et de la Marne au lieu dit « la Vallée ».

Vers la fin du XIXème siècle, Victor Clairet établit à Varreddes une fabrique d’oseille en conserve. Les feuilles une fois dénervurées étaient ébouillantées, mises dans des boites de fer-blanc doublées de lamelles de bois (invention judicieuse qui évitait l’action acidifiante de l’oseille sur le métal). Elles étaient également mises en conserve ou en fût, petit tonnelet de 25 kg, puis chargées sur les flûtes à la gare d’eau du village.« L’oseille de Varreddes va sous cette forme dans le monde entier, surtout à bord des navires où elle remplace les légumes frais »

Ce n’est qu’à partir de 1811, que Varreddes cultive la betterave à sucre. En effet c’est le 20 avril 1811 que le préfet de Seine-et-Marne informa les maires du département qu’il était maintenant possible d’extraire du sucre de la betterave.

Les gaulois cultivaient déjà les raves (le plus gros), pour leur nourriture et celle de leurs bêtes, ce n’était donc pas nouveau à Varreddes au XVe siècle, d’où la légende d’un brave laboureur de Varreddes qui aurait offert une énorme rave au bon roi Henri IV, qui traversait alors le village.
Depuis les villageois sont devenus Raveton. Mais ce n’est pas la seule version.

Une autre légende, selon l’Abbé Dubois, raconte qu’au  temps d’Henri IV, Sully organisait une fois par an, sur les marches de la cathédrale de Meaux le concours du plus beau légume de la région de Meaux, avec pour premier prix un cheval. Chaque village devait présenter un seul légume. A l’occasion de l’un de ces concours, les habitants de Varreddes ne s’étant pas mis d’accord sur le plus beau des légumes à présenter, plusieurs Varreddois présentèrent leurs propres légumes. Sully très en colère leur déclara : rave, raveton partez !

un marché du moyen-âge

Une étude étymologique démontre qu’en fait, les Ravetons sont Normands, plus précisément autour d’Argentan, vraisemblablement d’origine saxonne. La plus ancienne trace est de 1168, voire 1134, à l’occasion d’une donation à une abbaye normande. 
Raveton est composé de 2 termes, le 1er « rave » issu de hraefn qui en vieux norrois (danois) veut dire corbeau, en lien avec la religion des vikings, le second terme « ton » qui veut dire ferme, maison… en bref le lieu de vie du corbeau.

Quelle que soit la vérité, depuis la tradition perdure, les habitants de Varreddes sont des Ravetons, même si officiellement ce sont des Varreddois ! Le bulletin municipal porte toujours ce nom.

L’almanach de Seine et Marne de 1904, page 162 note : « C’est un pays de petite culture, divisé en 12.000 parcelles ; les fermes d’autrefois n’existent plus. On y a longtemps exploité des carrières souterraines de pierre blanche, dont les galeries servent aujourd’hui à la culture des champignons ; les plantations d’ormes tortillards recherchés pour le charronnage, et la culture du chanvre y ont y certaine importance ».

Jusqu’à la fin du XIXe. Siècle, Varreddes, comme toute la région de la Brie, avait aussi, sur son territoire, de la vigne. Le vin de Brie, en général, était de qualité assez médiocre :

 Ils sont bons comme les vins de Provins,  Quant on les faits venir de loin ! (proverbe briard).L’assemblée des baillages déclara en octobre 1788 : «… à cause de sa dureté, il est bon à être converti en vinaigre… ». Cette mauvaise qualité est à l’origine de la vinaigrerie de Coulommiers (délibération du conseil général 1801).

 En réalité, le vin de Brie avait cette acidité à cause du manque de chaleur. Ainsi en 1852, année des gelées tardives, les vignerons avaient récolté à peine une hottée par demi-quartier.

 Il se disait que pour boire le vin de Brie, et par conséquent celui de Varreddes, il fallait être trois : un volontaire pour le boire, un qui le tenait et le troisième qui le faisait boire de force!

Coté vestiges on retrouve des traces de creusement du lit primitif du canal de l’Ourcq entrepris par Riquet. Lors des travaux de ce premier canal de l’Ourcq, des cercueils de plomb furent retrouvés sur la voie blanche en 1677. On connait ce détail par les manuscrits de Pierre Janvier, curé de St Thibaut à Meaux au XVIIe siècle. Il n’est pas impossible que la Voie Blanche ait été habité il y a de longs siècles.

Varreddes a eu comme dans plusieurs villages, son moulin qui antérieurement à 1790, était, propriété de l’Evêque de Meaux et fonctionnait au profit de ce dernier sur la rive droite de la Marne.

On trouve minutieusement recensés au Cartulaire de Meaux (tomme II, p. 197) sous le titre revenus de l’Evêché ; ‘personne ne peut posséder four ou moulin particulier au village de Varreddes en dehors de l’Evêque, tous les habitants y sont astreints à s’adresser au four et au moulin de l’Evêque, par droit de banalité.’

Depuis le milieu du XIXe siècle, les roues du moulin de Varreddes sur la Marne n’existent plus. Seul, un pan de mur (angle de bâtisse ou support d’un tourillon d’essieu) érige sa ruine sur l’île dite du Moulin, entre Marne et Brasset, indiquant que là fut jadis un édifice, intriguant d’autant plus que le promeneur que le logis du meunier a été converti en maison de plaisance et les dépendances du moulin rasés. 

Emplacement de l’ancien moulin

Les ravetons avaient la réputation d’aimer faire la fête et ils avaient un privilège : à fête du village voisin, Etrépilly, ils avaient pratiquement l’exclusivité de faire danser les filles du pays. Le 1er mai, on plantait au milieu du village un arbre (un mai), décoré d’une couronne de fleur, autour duquel toute la population venait.

Le mardi gras aussi était une fête très importante à l’époque, où tous les jeunes et moins jeunes se retrouvaient masqués.

Les masques empruntaient un âne et sa voiture sur laquelle ils faisaient des crêpes. Derrière la voiture se formait un cortège au son d’un charivari de tambours, clochettes, grelots, instruments de musique, casseroles et couvercles de lessiveuses. Cet escorte se rendait à Meaux et tout au long du chemin, surtout aux carrefours, les déguisés offraient leurs crêpes et faisaient danser les femmes….

A ce jour les carrières dont les pierres extraites ont servies à la construction de la cathédrale de Meaux sont pour des questions de sécurités murées et la culture de champignons n’existe plus.

Varreddes reste la dernière écluse manuelle. Elle fonctionne encore pour la navigation de plaisance. Dans un des sas, repose une flûte de l’Ourcq, un type de chaland qui ne se trouve que sur ce canal, dont il ne reste que très peu d’exemplaires.

Flûte de l’Ourcq


Les commentaires de nos lecteurs
  1. TIXIER JEANNINE   On   31 janvier 2021 à 18 h 07 min

    Née dans ce village il y a bien longtemps, 1929, expatriée depuis 1950 je reste malgré tout très attachée à mon village natal où mes souvenirs sont encore bien vivaces au point qu’il y a deux ans nous avons publié, un ami et moi, sous forme de dialogues les meilleurs moments de notre d’enfance et d’adolescence.
    J’ai été très heureuse de connaître l’histoire ancienne des ravetons et si de celle de la fabrication de l’oseille m’était parvenue à l’oreille j’en savais par ma grand’mère la fin pas trop glorieuse.
    Merci pour toutes ces recherches

    • Brigitte SOUGAKOFF   On   2 février 2021 à 13 h 43 min

      Ravie de vous avoir fait plaisir… L’histoire d’autres villages suivront ….Notre région est riche d’anecdotes et d’histoire.
      Merci pour votre retour

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